25 septembre 2026
Pensée
8 min

Où est donc passé le Soft-Power Français ?

Du phare rayonnant de la Belle Époque à la succursale culturelle : enquête sur le déclin — et les chances de reconquête — du Soft-Power français.

Où est donc passé le Soft-Power Français ?

Introduction

Avant d’entrer dans le vif, définissons ensemble les termes et les frontières du sujet.

Qu’est-ce que le Soft-Power ou le « Pouvoir-Doux » ? Il s’agit de l’influence qu’exerce un pays à l’international basée sur sa culture, sa diplomatie et ses valeurs. Le terme a été inventé par le politologue américain Joseph Nye en 1990 et il l’oppose directement au Hard-Power ou « Pouvoir-Autoritaire / Pouvoir-Fort ». Celui-ci basé sur la menace, la force physique et les contraintes monétaires.

Les grands acteurs mondiaux du Soft Power en 2026 (d’après le Global Power Index (1)) sont dans l’ordre : 1- les USA (cinéma, technologie, culture et langue). 2- La Chine (croissance économique, tourisme et échange culturel). 3- le Japon (anime, gastronomie et design). 4- Le Royaume-Uni (langue, université, musique et diplomatie). 5- l’Allemagne (ingénierie et sciences). 6- Et finalement notre France à la sixième place avec la gastronomie, la mode, les arts, la langue, et la diplomatie culturelle avec les alliances françaises.

« Dans le siècle que nous vivons, toute entreprise de puissance menée par un État devra combiner à la fois les ressources du hard et du soft power en vue d'établir des stratégies de smart power. » — Nye.

Les pays puissants savent allier les deux en transformant cette fusion en « Pouvoir-Intelligent » ; à l’image des USA et de la Chine. D’un côté nous avons des puissances qui rayonnent juste avec le Hard-Power, comme la Russie. Puis d’autres quasiment par le culturel, ce qui est le cas de l’Angleterre et de la France. Donc comprenons bien que la France rayonne de nos jours en partie grâce à sa puissance culturelle.

Mais a-t-elle toujours occupé ce rang ? La culture française est-elle si puissante que ce que l’on croit ? Aurait-elle perdu de son « aura » ? Et, si oui, retrouvera-t-elle un jour cette gloire que les moins de vingt ans ne pourront pas connaître ?

I — La France puissance mondiale, et son talon d’Achille

La France du XIXe et la première moitié du XXe siècle regorge de cet esprit « Jules Verne » d’innovation et de créativité. Je pourrais citer de tête des figures comme Hugo, Flaubert, Haussmann, Eiffel, les frères Lumière, Debussy, Descartes, Camus et tant d’autres. Je pense également à la création des maisons de haute couture, la codification de la gastronomie, et l’avènement de l’art de vivre à la française. Il n’est pas délirant d’affirmer que la France de la Belle-Époque trône sur le toit du monde. Elle est le « phare rayonnant de la civilisation » comme écrivent certains auteurs.

L’exposition universelle, pinacle de la Belle Époque française
L’exposition universelle, pinacle de la Belle Époque française

Puis, après cette période de faste, comme un terrible retour de bâton, viendra la boucherie absolue : 14-18. Le gaz moutarde défigurera toute une génération de Français solide et robuste. Dans la boue, le froid glacial, la malnutrition, les maladies faucheront autant que les obus ennemis. Mais malgré ce désarroi, la France arrivera à se relever un temps.

On dit que l’espoir fait vivre, et s’ensuivront les fameuses années folles. Cette parenthèse enchantée d’une dizaine d’années verra sa pulsion de vie et sa jouissance sans lendemain se heurter brutalement contre un mur. Celui de la crise financière de 1929.

L’Europe, très touchée, est encline à une inflation monétaire sans précédent. Certains pays voient leurs niveaux de vie chuter radicalement. Émergent du chômage de masse et de l’instabilité gouvernementale une radicalisation. Créant des idéologies sans retour possible. Dans tout cela, la France, moins touchée que les autres, arrive néanmoins à tirer son épingle du jeu. Sa diplomatie est influente et certains secteurs dominent toujours à l’international comme : la mode (Coco Chanel), la peinture et le design (avec l’art déco) et la littérature (Aragon ou Éluard).

Mais de l’autre côté du Rhin se prépare une offensive qui sera fatale à cette France chérie, qui ne sera plus jamais la même…

II — La France américanisée d’après-guerre, un faire valoir ?

Il n’est pas rare de se perdre parfois sur YouTube et de tomber sur des archives INA où de jeunes gens parlent un français qui serait perçu aujourd’hui comme « élitiste ». Pourtant, cette langue a été présente et pratiquée depuis des siècles. Ces jeunes gens sont capables devant une caméra (qui étaient rares pour l’époque) de s’exprimer avec éloquence, sont habillés de façon chic, et surtout ils ont du vocabulaire !

Jeunesse insouciante et éduquée
Jeunesse insouciante et éduquée

Symptômes d’une époque révolue ? Mais pas sans regret...

Cette époque, la génération de nos parents et de nos grands-parents les ont connues. Elle n’est fondamentalement pas si loin, alors que s’est-il passé ?

Quand la France sera libérée en 1944, il y aura tout à reconstruire. Un pays arrivera par sa propagande à se déclarer le GRAND vainqueur : Les États-Unis d’Amérique. Pérennisant à eux toute la gloire (au dépens des Soviétiques, des Anglais, des Canadiens et des Français aussi). Le message sera à peine couvert : ils voudront imposer leur hégémonie sur l’Europe, et la France sera leur porte d’entrée.

L’oncle Sam a besoin de vous !
L’oncle Sam a besoin de vous !

Ils tenteront de faire de notre pays un « protectorat militaire » ou plus vulgairement dit un laquais à la botte de l’oncle Sam. Si ce n’était pas pour le Grand Charles, nous serions sans doute en train d’apprendre à parler l’anglais dès la classe de maternelle.

Le gaullisme d’ailleurs se caractérise idéologiquement par son indépendance nationale et sa capacité d’équilibre à être la « troisième voie » de la Guerre Froide. Mais de Gaulle ne peut pas non plus arrêter toutes les vagues successives de l’américanisation. S’échoueront par milliers sur les plages françaises : les films hollywoodiens, l’implantation des chaînes de restauration rapide et l’alimentation discount. Sans oublier les chaînes de télévision et l’arrivée de pubs, séries et musiques outre-Atlantique directement à la source ; dans les foyers. Le tout vendant le fameux "American Way Of Life".

Les Trente Glorieuses sont marquées par cette mondialisation frénétique, la perte lente des valeurs, et le délitement du socle commun qui faisait la France « d’avant ». Le verre est désormais dans la pomme.

III — Des années 70 à nos jours, le début de la fin ?

La France sous tutelle partielle continue quand même d’innover dans la technologie. Atteignant une apogée sous Valéry Giscard d’Estaing avec le minitel, le parc nucléaire et le TGV. Elle implante la nouvelle vague du cinéma avec des réalisateurs comme Truffaut ou Godard. Les acteurs Belmondo et Delon sont des icônes intergénérationnelles. La diplomatie française et la francophonie aussi sont influentes. Alors qu’est-ce qui a merdé ?

Cela a même donné lieu à un mouvement : le Giscard-Punk
Cela a même donné lieu à un mouvement : le Giscard-Punk

Quelques années auparavant il y aura un tournant : Mai 68. Transformant profondément les mentalités, cette révolution estudiantine enclenchera une dégringolade qui semble irréversible. S’ensuivra une série d’évènements plongeant la France dans une boucle infernale : choc pétrolier de 73, inversion des valeurs de la génération boomers, mondialisation accélérée, culture subventionnée (et pas transmise), fin de la guerre froide, pays relégué comme un état tiers, traité de Maastricht (début de la perte de la souveraineté politique) et fin du récit national.

Le nouveau millénaire ne trouve pas de rebond miraculeux : retard numérique, perte de la puissance culturelle francophone, production intellectuelle en baisse, surpuissance des USA, de la Corée et du Japon. La France devient une succursale. Les universités et l’éducation obsolètes (pour ne pas dire médiocres), fermeture des instituts et des centres culturels.

Puis de 2010 à 2025 nous arrivons au bout de ce cycle décadent : vague d’attentats, la « start-up nation », cathédrale partie en fumée, gestion catastrophique de la pandémie, diplomatie néocolonialiste et coups d’État en Afrique (Mali, Burkina-Faso et Niger). Et le dernier clou dans le cercueil : l’inflation grâce à la planche à billets et les milliards d’argent « magique » distribués comme des bonbons partout sans retour sur investissement.

Mes amis, le constat est dramatique. Mais malgré ce portrait alarmiste et un tantinet défaitiste, il est important de rappeler que la France a connu pire, bien pire. Elle s’est toujours relevée et je voudrais ici rétablir une touche de positivité.

La maxime populaire ne dit-elle pas : « Quand on a touché le fond, on ne peut que remonter » ?

Conclusion

Le constat est simple : la jeunesse française préfère dans son attitude, sa consommation et son langage les USA, le Japon ou la Corée. Sans pour autant (pour la plupart) y avoir posé les pieds. Pourquoi cela ? Parce que la culture Française ne fait plus rêver pardi !

Celle-ci s’est vue travestie au profit d’une culture américano-anglaise et subsaharienne (contre lesquelles j’ai d’ailleurs beaucoup d’affection) mais qui, sur certains points, sont incompatibles avec celle de la France.

Aussi, ce que l’on enseigne majoritairement (pour l’avoir vécu) est un récit national de culpabilisation, quand il n’est pas saupoudré de texte pompeux (je pense d’abord aux évènements historiques jugés avec nos prismes contemporains, ou le chiantissime Les Liaisons Dangereuses, oui je lâche des balles perdues).

La culture Française a tellement à offrir que je ne saurais par où commencer. Gastronomie, Paysages, Figures intemporelles (Napoléon, Chevalier Bayard, Jeanne d’Arc, Romain Gary), notre patrimoine (Cathédrales gothiques, bouffe régionale, nos traditions), notre mentalité de résistance, pour ce qui me vient à l’esprit.

Sachez qu’en juin 2025 « Focus 2030 » (2), un Think-tank, après la suspension de l’USAID, a demandé aux pays émergents avec qui ils souhaitaient collaborer dans le futur. La réponse : la Chine comme premier partenaire privilégié et la France en deuxième position. Donc tout n’est pas perdu, il n’est jamais trop tard. La France a un passé à reconquérir et un futur à aller chercher.

Des gens de bonne volonté rassemblés peuvent être capables de redonner ses lettres de noblesse à notre culture. Et voici ci-dessous les bases sur lesquelles nous pouvons nous accrocher et travailler :

D’abord la Langue Française, qui est la langue officielle dans 32 pays (quatrième au Monde avec 400 Millions de personnes dont 65 % en Afrique). Le Tourisme, première destination mondiale depuis les années 80. Le Luxe et le Patrimoine Culturel qui génèrent des recettes importantes et « l’art de vivre français » inscrit à l’UNESCO. L’Éducation internationale : 440 000 étudiants à l’étranger, 800 alliances françaises dans le monde, et sixième au classement mondial des publications scientifiques. Finalement La Gastronomie, nous sommes les inventeurs de l’art de manger, 650 restaurants étoilés en France (dont 31 avec trois étoiles), ce qui représente 20 % des tables étoilées mondiales, plus de 350 produits à appellation protégée (vin, fromage, pain, charcuterie, huile, etc…).

Où est donc passé le Soft-Power Français ?

Je le déplore malheureusement, mais notre pays est une puissance en déclin (comme beaucoup de pays occidentaux). Cependant la France jouit encore de beaucoup d’estime à l’international et la francophilie est une vraie chose. Donc montrons-nous dignes de notre culture millénaire et diffusons-la au plus grand nombre, pour que jamais ne meurt ce en quoi tant se sont battus et ont dédié leurs existences entières. C’est un héritage pharaonique ; soyons à la hauteur.

Je vous remercie de m’avoir lu jusqu’ici.

Votre Serviteur.

Nicolas.

(1) Classement basé sur le Global Soft Power Index 2026 de Brand Finance : https://brandfinance.com/press-releases/lindice-de-soft-power-de-la-france-recule-pour-la-premiere-fois-depuis2021

(2) Sondage Focus 2030 / Toluna – Harris Interactive (2025) sur la perception de l’aide de la France dans 6 pays partenaires : https://focus2030.org/IMG/pdf/rapport_toluna_harris__perception_de_l_aide_de_la_france_dans_6_pays_focus_2030_.pdf

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