29 août 2026LittératureNouvelle

Pantin

Pantin

Partie I

Pile dans la lunette, immobile, je tins ma cible.

L'allocution se déroula en extérieur. Derrière le pupitre, ses bras gesticulèrent comme un ballon dansant. La marionnette, en étoile rouge, rayonna outrageusement.

Prise de délire, une foule inhala l'opium de parole. La masse informe se rendit béate vers sa fontaine de jouvence. Palpable, on sentit la fièvre du moment. Le parvis en tourbillonna. Bientôt, l'explosion de la supernova les eut tous emportés.

Les caméras tournèrent à plein régime. Sur l'estrade, il s'offrit comme une biche broutante. Son torse se centra dans ma croix. Lentement, j'inspirai. Nous formâmes une ligne parfaite — lui, l'arme et moi.

Dans l'appartement alloué, j'enfournai le canon dans un trou creusé. Sur mon ventre, le parquet m'écharpa d'impatience. L'horloge plastique résonna en cloche de cathédrale. Statufié, j'attendis ainsi la matinée entière. Proche de l'autel, un homme aux lunettes tamisées prit place.

Le nom du gibier ? Peu importe — le favori des prochaines échéances. Un danger pour l'écosystème. J'imaginai les efforts pour dénicher une telle race. Son pelage valut cher. Des leviers innommables spéculèrent des fortunes.

Une fois dressé aux spectacles, on l'achemina au zoo. Il se fit rattacher à des fils indémêlables. Juste à étendre ses membres en cadence.

Pourtant, l'instinct cogna. Il recracha le mors sur les maîtres. Sautant par-dessus le grillage, il courut pour l'envol libérateur !

« Mais… ne devient pas Pégase qui veut. »

Entre les faux-espoirs lancés, les rugissements s'accentuèrent. Sous la chaleur de plomb, ses cordes vocales déraillèrent. Visqueux, sa chemise imbibée lui donna cet air possédé.

S'écrasant entre eux, les moutons de Panurge en redemandèrent. Au devant des harangues endiablées, ils arrachèrent leurs laines. Projeté dans leur caverne, il en prit une position messianique.

Le festival dément atteignit son paroxysme. Ce frémissement, cette cadence de mots — je m'inclinai. Il prouva là sa valeur. Tout le contraire de ma personne.

Dans une vie antérieure, je militai ardemment. La main à tout faire assura les ratonnades. On en cassa de l'extrémiste ! À quinze contre un, souvent.

« Eux, et leur piteuse morale chevaleresque. »

On démantela notre groupuscule. Bancale, l'organisation se broya sous les premières pressions. On en accabla quelques-uns. Ma pomme sur la liste. Coupable des responsabilités communes. Je risquai gros : cellules goudronnées, senteurs tièdes, barreaux.

J'appris qu'on monnaya les organisateurs contre nos têtes.

« Camarade, bats-toi pour le collectif, scandèrent en permanence ces traîtres.

— Merci, je note l'information ! Tout est pécune, faut croire. »

Traqué, je défendis mon cas. Me vendis en claquant des bottes. Déjouant les présages cadavériques, une proposition se fit. Je l'agrippai.

Dès mes premiers souvenirs, des racines macérèrent dans mon estomac. Elles me recouvrirent d'une atroce acidité. Ce mal dicta la suite. Constamment, ils se servirent du gringalet comme défouloir.

« Chacun est unique, rabâchèrent les privilégiés.

— Affirmatif. La difformité l'est ! L'incamouflable surtout. Ma preuve ? Ce nez : Gibraltar ! Mère nature et sa douce redistribution. »

Ma chance, je la tentai auprès des veilleuses du monde. J'en parsemai des champs entiers. Mais les saisons tristes me frappèrent de famine. Le frêle aima sans retour.

« Ô, fruit de mon labeur — pourquoi personne ne te considère ?

« Si seulement la liste s'arrêtait là. »

L'ancrage fuyant des déménagements. Les asphyxies médicamenteuses. Mes géniteurs et leurs convulsions mentales… Cette danse agonique.

Mes solutions s'épuisèrent. Je creusai en vain pour ma subsistance. À un pouce de l'abandon, je me résolus aux pixels d'écrans.

Des routes alternatives s'ouvrirent. Rebranché, je sautai dans l'infini des possibles. Sur les rives du nouveau monde, je découvris les comme moi. Nous partageâmes nos ressentiments. S'imprégnant, je communiai sur les dogmes. Dans l'occulte numérique, concis, je listai les fautifs de nos situations.

Passant outre le virtuel, on entreprit du concret. Ma vitalité se dévoua pour le groupe. Revêtant mon plus beau masque, l'option de les perdre fut bannie. Tout ça pour finir marchandé comme l'esclave fouetté.

Je disjonctai ce soir-là. Dans cette cage d'attente, je rêvai d'au revoir apocalyptique. Mais avant, je dus déchirer la chrysalide.

Dans le marbre numidique, je gravai : Plus jamais je franchirai l'autre bord. Acté à l'encre carbonique.

Quand vint l'opportunité tant attendue, mon cœur flotta à outrance.

« Cette opération… Le bien commun… Nous sommes identiques. », assurèrent mes enrôleurs.

Je me goupillai dans le maillon. L'objectif commun se dessina. Depuis des années, je clignotai sur leur radar. Les sphères d'influence m'inclurent dans l'agenda.

« Tu auras la reconnaissance méritée. La balle est dans ton camp. »

Négociant, on me promit l'exfiltration. Je prospérai vaillamment sur mes intérêts.

« À moi — gloire tant rêvée ! »

La table tourna. Je serrai les paumes des costumes anthracites. L'entraînement officieux débuta.

En ce temps-là, le mépris du divin me nuisit. On m'inculqua sa détestation. Habile, le système manœuvra sur nos recherches d'identité. On m'en réclama les dividendes.

Mais, de ma désignation, surgit un doute. Le pécheur et sa rédemption — jaillirent des papyrus. Mes croyances radicales s'assouplirent. Le remercier parut si sage. Maintenant, je dus répondre des exigences.

« Tous s'agenouilleront devant le monolithe »

L'ordre fut limpide. Pas de manifeste à fournir. Personne à convaincre. L'antipode de ce menteur pathologique. La bouillie servie. Superstitieux, je gravai la balle d'un petit personnage subliminal.

Des nuages filandreux surplombèrent la place. Une teinte grise couvrit les milliers de visages. Salive en bouche, je m'apprêtai à commettre l'acte existentiel.

Placé dans ses deux heures, l'homme aux lunettes tamisées se toucha l'oreille. Trois secondes. Ni plus ni moins.

Le vent arrêta son souffle. Mes sens imitèrent la harpe calme. L'état monastique. Comme face aux rondins de forêt, j'anticipai l'éclipse.

Mes veines crâniennes gonflèrent. L'horloge et son cliquetis s'évapora. Mes lèvres s'asséchèrent. Ma langue gonfla. Les cris de la place formèrent une symbiose relaxante.

La biche releva la nuque en ma direction. Doucement, ses cils battirent. Le sourire d'échafaud… Pinocchio réalisa. La goupille scintilla.

Impact.

Partie II

La branche céda. Les ailes des pigeons clappèrent. Ce grésillement pénétra les poumons. Le souhait des bougies se réalisa.

Tremblantes, ses pupilles roulèrent. De la gorge clapota une pulpe noirâtre. Grouillant, le sceau de ver se jeta sur lui. Rôtissant dans ce désert, j'en fis l'offrande aux nuages vautours.

Dans ce frisson sucré, mon portrait se placarda dans des moulures dorées. On construisit le plus haut des mausolées. La scène me rendit grâce.

Les échos approchèrent. Les flèches guerrières d'Apollon. Les conquêtes ivres d'Alexandre. Les massacres de Gengis Khan. Ma révolution bolchevique. Oui, ils vinrent assister au couronnement.

« Votre serviteur : élu comme l'héritier de l'humanité ! »

Dans l'élévation, mes cicatrices se recousirent. Là-haut, déité, l'érable millénaire se tailla en moi. En silence, le sermon préluda.

La frontière d'horizon des événements m'aspira. Transitant auprès des spectres engloutis, j'empruntai ces escaliers interminables. Le jadis, l'ici, l'à-venir… tous s'abolirent.

Notre existence — un claquement de doigt erroné.

De cet abîme, parut une brume. Les marches muèrent en rampe gelée. Pris dans l'épaisse, je glissai, anéanti.

Dans l'habitation morne, je crus sentir la riposte. Les vitraux sifflèrent. Ce grondement s'intensifia. Des hélices quadrillèrent en saccade mes alentours. Liquéfié, je me réfugiai aux ténèbres de mes paupières.

Parmi l'odeur de poudre, une force se convia. Paralysante, elle prononça en chuchotant :

« Pauvre d'esprit. Regarde-toi obéir. »

Les entités maintinrent au collier le servile. Librement, j'eus agi selon leurs règles. Les cerveaux fourbes — propriétaires de mes confins. Je tournai en camisole dans le manège lépreux. Cette pure ruine…

« Arrêtez ! »

Le ciel se violaça. La tempête sembla dormante. Mes résidus de conscience allumèrent la radio à pile.

« Brrr… pas de nouvelle du candidat… », je zappai, « …procédure maximale enclenchée par le gouvernement central… » — « … tenons informés à la minute des réponses internationa… » — « …la phase dans laquelle nous entr… », je changeai encore ! « … hommages affluent sur tous les réseaux socia… »

L'air de mes narines devint claustrophobe. Mes poings martelèrent la machine. Le clinquement se perdit dans l'obscurité.

« Maîtrise-toi. »

Les pays crurent à ma fuite — sûrement.

« Étions-nous de la même espèce ? — Ah ! Ces nœuds dans mon crâne, je hacha toutes ces foutues cordes ! »

Les sirènes me réveillèrent. Ces otites aiguës projetèrent l'alerte. En accordéon, elles se répandirent jusqu'aux voiles de chalutiers.

« Non. Ce, ce ne pouvait… »

Puis, strident, le rideau rouge dégoulina :

« Impact imminent. Mettez-vous à l'abri. Impact imminent. Mettez-vous… »

L'escalade de tension s'accrut. La sphère bipède se lesta de vice. Ma cinglante contribution comme l'étincelle terminale. Dans l'engrenage morbide, je fus la micro-vis manquante.

Les forces impunies coupèrent le ruban rouge. L'abattoir d'envergure s'inaugura. Leurs promesses… Que de mensonges contractuels.

Leur prophétie se mit en marche.

« J'aurais tant voulu rembobiner — altérer le cours de la machine. »

J'implorai le ciel pour choisir la conclusion ! Mais le Levant se coucha sans attendre le jour.

La fusée de cyanure décolla. L'ennemi répliqua. Pleurant dans le néant, je supputai, comme les milliards qui auraient dû me connaître…

Dans l'écume du renoncement, j'ouvris la fenêtre brisée. Ce vide intersidéral. Les prédateurs durent se réfugier dans les cloîtres souterrains.

Le point blanc de la déflagration éclata. Les immeubles, en cascades, s'éparpillèrent en poussière. L'amplitude me glaça.

Jusqu'au bout — maudite vie.

« Quinze minutes de gloire. Fût-ce trop demandé pour un Pantin ? »

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